23 mars 2005

Tant qu’il fait jour

J’avais envie d’oublier que je partais, mais plus je lançais le boomerang de toutes mes forces, plus il me revenait vite. Les contrées désolées ou splendides de ma nouvelle vie me sont apparues dans une tension amère. Peut-être que c’est mieux, peut-être que c’est plus grand. J’ai du mal à voir le soleil dans ce nouvel appartement, du mal à espérer. Le changement me serre dans son étau. Peut-être que je n’ai pas tant envie de fermer cette porte de l’extérieur. Trop tard, encore.

     Elle pleure son marin

     Son marin n´est pas le sien

     Elle dit que les vagues sont folles

     Elle dit que les vagues sont folles

     Quand elle chante le fado

     Son chant est un oiseau

    Un oiseau qui s´envole

    Un oiseau qui s´envole

     Sao loucas, sao loucas

     Sao loucas, sao loucas

L’air est doux, ses yeux sont verts. J’essaie d’oublier le mot trouvé sur le comptoir, dont il n’a pas reconnu l’écriture, dont j’ai reconnu la signature. S’il le faut, j’essaierai d’oublier son rire gêné, son odeur, la vue de son appartement au petit matin. J’essaie d’oublier son regard en partant, qu’il ne doit rien comprendre à mon attitude, pas plus que moi à la sienne.

     L´oiseau emporte une prière

     Vers une bouteille à la mer

     Son adresse c´est le grand large

     Son adresse c´est le grand large

     Da rua da riguera

     Au coeur d´Alfama

     On dit que la vieille est barge

     On dit que la vieille est barge

     Sao loucas, sao loucas

     Sao loucas, sao loucas

La maison est vide, les jonquilles, dernier souvenir vivant de sa propriété, se fânent. Les meubles ont été dispersés, brûlés, jetés. J’en ai gardé deux clés, à mettre dans la boîte aux souvenirs. Boîte à tristesse, boîte à tendresse.

    Mais dès qu´elle porte le châle

    Le silence s´installe

    On écoute ses paroles

    On écoute ses paroles

    Elle pose sur ses reins

    Les lignes de ses mains

    Qui se remplissent d´alcool

    Qui se remplissent d´alcool

     Sao loucas, sao loucas

    Sao loucas, sao loucas

La dernière fois que j’ai aimé respirer des mots à ce point, aimer la justesse, date d’il y a trop longtemps. Ce livre parle d’ailleurs et d’ici, la préface est écrite de mon île.

     Alors elle ferme les yeux

     Elle est seule devant Dieu

     Elle n´a peur de personne

     Elle n´a peur de personne

     E dez que ela fecha os olhos

     Sozinha em frente de deus

     A dizer que elas sao loucas

     A dizer que elas sao loucas

     Sao loucas, sao loucas

      Sao loucas, sao loucas

Tant qu’il fait jour, tant que j’y suis, je vais voir la mer et l’objet de mon tracas. Il n’y a plus guère que les goélands pour glisser sur le vent, au mépris de tout ce qu’il porte. Plutôt que de continuer à côté, le regard en arrière, mieux vaut tourner la page. Quand la nuit tombe je m’éloigne, les mains dans les poches.

     Elle donne son chagrin

     Son chagrin n´est plus le sien

     C´est celui de Lisbonne

     C´est celui de Lisbonne

     Où des femmes portent le noir

     Et dans les caisses des guitares

     E a saudade qui résonne

     E a saudade qui résonne

     Sao loucas, sao loucas

     Sao loucas, sao loucas

Posté par osolemio à 20:23 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Tant qu’il fait jour

    Triste mais...

    tellement bien dit !
    oui, c'est dur à partir, laisser, aller ailleurs.
    Pour moi, la plus dur fut à mes 15 ans, laisser ma ville natale, ma ville d'adolescence, après...
    après je suis partie tant de fois et à chaque fois cela heurtait, mais beaucoup moins déjà
    puis, on trouve des nouvelles lieux, innatendues, "là où ne passent pas les grand bateaux" qui l'a chanté si bien ? son nom m'échappe maintenant, mais c'est vrai, quand on est jeté d'un lieu, d'autres chemins merveilleux vont s'ouvrir devant nous

    Posté par Julie, 19 avril 2005 à 12:14 | | Répondre
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